Interview de Bertrand Tavernier, réalisé par
François Lesbre, journaliste au Berry républicain. Photos : Etienne Georges.
Tournage de scènes du film La princesse de Montpensier au palais jacques-Coeur de Bourges avec Lambert Wilson notamment. Bertrand tavernier a posé sa caméra pour quinze jours dans le Berry, les scènes de bal seront tournées notamment à Noirlac.
Avez-vous toujours cette même envie de cinéma?
Toujours. J’ai acheté des DVD à la Fnac. J’en ai offert à Mélanie Thierry et Lambert Wilson. Cela me fait plaisir de partager des films que j’aime.
Vous en êtes à combien de films réalisés?
Je ne compte pas. Je laisse à d’autres le soin de compter. Mon boulot c’est d’essayer de faire des films du mieux possible avec un sujet qui m’excite, me passionne, me touche en espérant que cela va toucher le public en donnant au récit un maximum d’énergie, de force, d’émotion.
Vous revenez ici au film d’époque...
Le sujet m’a touché. Le texte de Mme de Lafayette est une magnifique histoire d’amour. Je fais des films pour des personnages, pas pour des époques. L’émotion transcende les époques. Il s’agit d’une femme qui veut rester fidèle à son mari mais qui doit faire face à ses pulsions en étant courtisée par quatre hommes. Nous sommes en train de tourné ici des moments d’amour où elle va peut-être cédé à son amant, Gaspard Ulliel. C’est très intime, délicat, moins costarud que les scènes de batailles dans le Cantal et dans la boue.
Comment voyez vous l’avenir du cinéma?
Je suis aller voir Rapt dans une salle pleine à la Maison de la Culture. Un très beau film. C’est étonnant le nombre de bons films français en si peu de temps avec Le Concert, à L’origine, Un prophète. Des films cartonnent. C’est rassurant. Dans la brume électrique a eu un beau succès aussi (1). J’ai tournée là-bas car ce n’était pas possible autrement. Ce n’est pas un rêve de tourner aux Etats-Unis. Mon seul rêve est de faire des films librement. De faire ce que je veux.
Le financement de La princesse de Montpensier a été difficile...
Je me suis battu avec une équipe galvanisée par le projet, un casting magistral, un beau scenario. Mais tous mes films ont été difficile à fionancer même s’ils ont connu du succès après un long chemin de croix. Nous le faisons en cinquante et un jours, ce qui est très court pour un film qui se déroule au
Comment se déroule un tournage?
Il s’agit de relier un puzzle mentalement en passant de la théorie à la pratique, en tenant compte du décor, de l’implantation. Le scénario s’adapte aux réalités du terrain. Rien n’est rigide, storyboardé. Il faut laisser la possibilité de modifier des détails. En règle générale, je ne sais rien avant d’avoir trouvé. Je prépare beaucoup mais je me réserve le droit de découvrir, y compris d’incorporer les accidents. Sinon, ce sont de bonnes journées et je serais content de me reposer...
Quelle est votre position sur le téléchargement?
La culture doit se mériter. Je suis pour un téléchargement légal à des prix concurrentiels car les DVD, comme les CD, sont trop chers. Aux Etats-Unis ont a de belles éditions à 13 dollars quand il faut débourser le double ici...La facilité du téléchargement peut-être une bonne chose même si elle peut enraîner une forme de paresse par trop plein. Mais j’aime bien posséder un coffret, un objet.
Chabrol dit qu’il ne comprend pas les hommes politiques qui cherchent le pouvoir alors que c’est le réalisateur qui en a vraiment...
Je ne suis pas tyranique, je prends en compte le désir des gens. Tout à l’heure, j’ai écouté Mélani et Gaspard, mélangé avec mes idées. Je n’aime pas m’imposer par la force à yout une équipe. C’est plus complexe et intéressant que cela. Pour en revenir au pouvoir, les politiques luttent pour occuper l’image du pouvoir alors que ce sont les états-majors.
Quelle est votre position concernant Roman Polanski?
L’enquête a été daite de manière particial avec des choix discutables. L’acte est condamnable mais n’a-t-il pas déjà payé en étant forcé de quitter un pays où il venait de triompher avec Chinatown. Durant trente ans, personne n’a essayé de l’arrêter et, d’un coup, parce qu’un procureur veut emporter l’élection en accrochant une victime de renom à son tableau de chasse, le voilà derrière les barreaux. Il y a un droit au pardon surtout quand la victime a retiré sa plainte. Trente ans d’exil c’est déjà beaucoup. Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. Il faut aussi replacer dans le contexte de l’époque sans excuser un acte par le talent. Bernard Kouchner a eu une réaction imbécile, comme toujours mais Frédéric Mitterand s’est laissé emporté par un élan généreux.
Bertrand Tavernier alterne films d’époque et sujets de société depuis 1973.
Il a découvert le cinéma lors d’un séjour en sanatorium. Monté à Paris après-guerre, il fréquente la Cinémathèque de la rue d’ULM durant l’âge d’or de la cinéphilie. Il écrit alors dans les
Cahiers du Cinéma et Positif. Puis devient attaché de presse de Georges de Beauregard, le producteur de la Nouvelle vague.
En 1973 Bertrand Tavernier tourne son premier film,
L’ Horloger de Saint-Paul, d’après Simenon. Philippe Noiret devient son acteur fétiche. Il alterne films d’époque (Que la fête commence, en 1976) et sujets de société, Le Juge et l’Assassin, l’année suivante avec un Galabru inattendu. En 1980, La Mort en direct analyse déjà les dérives de la télévision. Il adapte un roman de Jim Thompson (Coup de torchon), puis signe son amour du jazz avec Autour de minuit. Vient ensuite la Première Guerre mondiale dans La Vie et rien d’autre (1989) puis (1996), la Guerre d’Algérie dans le documentaire La Guerre sans nom, l’Occupation dans Laissez-passer (2003). Plus intimiste, Un dimanche à la campagne, et Daddy Nostalgie.
Dans les années 90, Bertrand Tavernier ausculte la société : le quotidien de la Brigade des stups dans L 627. Il reçoit l’Ours d’or à Berlin pour L’Appât. Il signe un documentaire sur la double peine avec son fils Nils. Puis, avec sa fille Tiffany, il coécrit (2004), sur l’univers de l’adoption au Cambodge. Enfin dans une Louisiane dévastée par l’ouragan Katrina, il tourne Dans la brume électrique (2009), adaptation d’un polar de James Lee Burke avec Tommy Lee Jones avec lequel il aura des rapports houleux tandis que son film sera remonté pour ne sortir qu’en DVD aux États-Unis.
Sur place, acteurs principaux, figurants, cameramen et maquilleurs s'affairent à reconstituer une scène de bal. Entre deux
séquences, nous avons tout de même trouvé le temps de demander au réalisateur Bertrand Tavernier, et aux acteurs, Mélanie Thierry et Lambert Wilson, ce qu'ils pensaient des charmes de l'abbaye
de Noirlac.
Bertrand Tavernier : « Amoureux de ce site : c'est splendide ! »
« Nous sommes tombés amoureux de ce site : c'est splendide ! Ici nous reconstituons une scène censée se dérouler au Louvre au XVIe siècle. Sans trop en dire, dans ce
moment du tournage se trouve le n'ud du film. Les deux jours de tournage à l'abbaye de Noirlac représenteront environ sept à huit minutes du film.
Mélanie Thierry : « Un endroit magnifique »
« Je trouve l'abbaye très belle et l'endroit est d'autant plus magnifique qu'il retrouve de la vie le temps d'un
tournage, avec les costumes et les décors. »
Lambert Wilson : « Un peu triste car le tournage touche à sa fin »
« Nous avons tourné dans des lieux sublimes : des conditions rares dans le cinéma. J'ai acheté à l'accueil de l'abbaye un petit livre sur la vie moderne dans les abbayes cisterciennes, que j'affectionne particulièrement. D'ailleurs, j'habite non loin de l'abbaye cistercienne de Fontenay (Bourgogne). Dans mon prochain film, réalisé par Xavier Beauvois, nous tournerons également dans une abbaye cistercienne. Le tournage à Noirlac s'est très bien passé, j e suis un peu triste car le tournage touche à sa fin et que c'est un plaisir de côtoyer "le grand Bertrand", qui est d'ailleurs très amoureux de la région. »
Bertrand
Tavernier aime le cinéma, l'Histoire, les personnages de ses films et le travail bien fait. Rencontre sur le tournage de son dernier long-métrage La princesse de Montpensier dont une partie
va être tournée à Bourges et à Noirlac.« Bertrand est avant tout curieux, ce qui est la qualité première d'un metteur en scène. Il est également acharné, comme ses personnages. D'ailleurs, il ressemble à ses personnages ! C'est quelqu'un qui ne baisse pas les bras. »
De l'histoire de la brouette à Robert De Niro
Bertrand Tavernier abonde dans ce sens. « Ce qui m'intéresse, ce sont les personnages, leurs émotions. »
Ainsi, sur le tournage, l'essentiel des remarques du réalisateur concerne le jeu des acteurs. « Quand je commence, je ne sais pas ce que le film va dire, avoue-t-il. Mais je sais quelles sont les émotions importantes qu'il faut préserver. Dans La princesse de Montpensier, c'est une histoire d'amour dont il faut préserver la force, le lyrisme, la violence, la pureté. Le tout sur un fond de violence fratricide? les gens s'étripent au nom d'un dieu d'amour. »
Le réalisateur de Capitaine Conan, âgé de 68 ans, affirme « n'avoir jamais fait un film ni à thèse ni à message » mais il reconnaît que la trame des guerres de religion qu'il a choisie pour son dernier long-métrage n'est pas démodée. « Quand vous parlez de guerre de religion, d'intolérance, ce sont des notions qui n'ont pas disparu de la première page des journaux. »
Le dernier film de Bertrand Tavernier est avant tout un film historique, comme souvent dans l'impressionnante filmographie du réalisateur.
« L'Histoire, ça me passionne, ça stimule l'imagination, ça ouvre l'esprit. » Ce hobby, conjugué à une rigueur professionnelle, ne laisse aucune chance aux anachronismes dans ses oeuvres. Il y a peu, lors du tournage d'une scène à Sénezergues, Bertrand Tavernier a vu apparaître une brouette dans le champ de la caméra. « Ah non. La brouette, c'est Blaise Pascal, ce n'est pas du XVIe siècle. Enlevez-moi cette brouette ! »
Il ne faudrait toutefois pas se méprendre sur le style
Tavernier. Sur un tournage, le metteur en scène est plutôt du genre homme tranquille. Il n'est pas rare d'ailleurs de voir une petite balle anti-stress dans sa main.
« Bon intervenons... Et maintenant que l'on a vu ce qui n'allait pas, essayons de régler les problèmes un par un. » Voilà qui illustre bien la méthode du réalisateur, toujours prêt à enchaîner les bons mots pour faire retomber la pression. Un technicien qui reçoit un caillou dans la tête lors d'une cavalcade ? Il commente : « Soignez Émile, on ne perd pas Émile. Il faut sauver le soldat Émile ! ». Un long plan séquence nécessite huit prises, ce qui est rare chez Tavernier... ? L'intéressé joue l'autodérision : « La dernière est parfaite. Quand je pense qu'il y avait un con qui ne voulait pas la refaire. »
Le cinéaste, capable d'entonner « l'Alain Delon vient nous servir à boire », multiplie aussi les références cinématographiques. Souvent croustillantes. Comme quand il demande le silence : « Est-ce que je pourrais avoir un vrai silence, par respect pour les acteurs. Vous avez de la chance de ne pas tourner avec De Niro. Il vous aurait vite fait taire. Il demande une demi-heure de silence avant de tourner. » Et le silence se fait. Par respect pour les acteurs... et par respect pour ce grand monsieur, ce porte-parole du septième art avec qui le fait de travailler est considéré comme une chance.
L'association Ciné Rencontres
est née avec les sept salles du nouveau cinéma de Vierzon, Ciné Lumière, en juin 2005, construites dans une ancienne usine de matériel agricole, la Société-Française.
Le but de Ciné Rencontres est d'encourager l'accès à la culture cinématographique et d'une manière générale de promouvoir le cinéma de qualité par le biais de rencontres et de
manifestations. Ciné Rencontres est donc née de la volonté de Francis Fourneau, le directeur de Ciné Lumière et de Joël Hallier, le président-fondateur. Depuis sa création, Ciné
Rencontres reçoit, à Vierzon, des professionnels du cinéma, des acteurs (trices) aux réalisateurs (trices) et organisent régulièrement des soirées-débats autour de films d'actualité. Pour tous
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