Avatar n’est pas seulement un formidable défi artistique et commercial. Le succès attendu du dernier blockbuster de James Cameron sera déterminant pour réussir le basculement du septième
art dans la troisième dimension. "Le relief est l’avenir du cinéma", assénait dès 2006 le réalisateur James Cameron devant un parterre de 1000 exploitants de salles. Message reçu
cinq sur cinq. Avatar sera la plus grosse sortie 3D à ce jour, avec 450 salles où le film sera projeté en relief. "Avatar a servi de déclic. Beaucoup d’exploitants se sont convertis pour
l’occasion, notamment chez les indépendants", explique José Covo, patron de la filiale française de la Fox, le producteur du film.
Le mouvement est bien engagé. Immersion dans l’histoire, effets spéciaux spectaculaires, personnages qui semblent sauter à la figure du spectateur: la projection en relief avec grosses
lunettes noires sur le nez scotche le public à son fauteuil. "Nous y croyons car nous lisons nos chiffres", sourit Jean de Rivières, directeur général de la branche cinéma de Disney.
Le film d’animation Volt, sorti en février, a fait 3 millions d‘entrées dont 20% en 3D. Pour Le drôle de Noël de Scrooge, à l’affiche depuis le 25 novembre, la proportion
d’entrées 3D dépasse les 40%. Même carton pour la Fox et son Age de glace 3, plus gros succès 3D de l’année avec 2 millions d’entrées en relief.
Un équipement plus cher (70 000 euros) et 2,5 euros pour les lunettes
Hollywood pense avoir trouvé sa nouvelle arme fatale. La 3D dope les chiffres de fréquentation et les recettes. Ils permettent aussi de séduire de nouveaux les jeunes, qui avaient tendance à
délaisser les salles obscures depuis que les films sont disponibles - illégalement - via Internet dès leur sortie sur grand écran. Or, le relief n’est - pas encore - piratable.
Les cinémas ont accéléré le mouvement pour ne pas rater la vague. "La version 3D d’un même film fait 30% d’entrées en plus qu’en 2D", explique Franck Lebouchard, directeur général des cinémas Gaumont et Pathé. Il a équipé l’ensemble de ses 68 cinémas et pour 170 salles sur 700. Son concurrent CGR est un cas unique en Europe avec un parc de 400 salles entièrement en numérique, dont la moitié en 3D. "Alors que les gens ont la haute définition sur la télé du salon, le cinéma doit préserver son avantage et offrir le meilleur spectacle", indique le patron de CGR, Jocelyn Bouyssy. Seul le réseau UGC a décidé de bouder complètement le relief.
La 3D coûte cher aux exploitants, à la fois en équipement (environ 70.000€) et en exploitation. Ils payent en effet le film plus cher et doivent gérer un parc
de lunettes spéciales. D’où un supplément de 2,5 € (CGR) à 3€ (Gaumont-Pathé) facturé pour chaque place. « C’est un peu cher pour les films d’animation dont le public est très familial. Je
suis en train de me battre avec les distributeurs pour réduire ce supplément à 1,5€ », indique Jocelyn Bouyssy. En attendant, les exploitants offrent une ristourne de 0,5 à 1€ aux spectateurs
qui conservent les lunettes et les ramènent pour la séance suivante.
Le 7 avril Alice aux pays des merveilles de Tim Burton avec Johnny Depp en 3D
Pour l’instant, le surcoût ne décourage pas les spectateurs. Et le catalogue des sorties 2010 (20 films contre 15 cette année) devrait encore booster le marché. "Ce n’est pas seulement de
la technologie. Les cinéastes américains les plus respectés sur le plan artistique s’y mettent tous", se félicite Jean de Rivières, chez Disney. Le studio sortira le 7 avril Alice aux
pays des merveilles de Tim Burton avec Johnny Depp en vedette. Après Là haut, Pixar met la dernière main à son Toy Story 3. Le film sortira en 3D en juillet, en même temps
que Shrek 4. Sans oublier Steven Spielberg, dont l’adaptation des aventures de Tintin sera également en relief.
La 3D restera toutefois minoritaire. "C’est très adapté aux films d’animation et à grand spectacles, beaucoup moins aux œuvres plus intimistes ou basées sur
les personnages, explique Franck Lebouchard, de Gaumont-Pathé. Par exemple, je ne pense pas que la 3D aurait apporté grand-chose au le dernier grand succès du cinéma français, Le petit
Nicolas." Est-ce pour cette raison que les grands producteurs tricolores n’ont aucun projet dans les cartons? Le premier d’entre eux, Luc Besson, ne cache pas son scepticisme.
"Personne ne se déplace pour la 3D, on se déplace pour une histoire. […] La 3D des fois c’est un super bonus, […] mais j’ai vu des très mauvais films en relief", a-t-il confié au
site ecranlarge.com .
Résultat: seuls les petits studios ont tenté l’aventure, notamment grâce à un fond d’aide de 1 million d’euros du Centre national de la cinématographie. Le premier long métrage en relief made
in France est un film d’animation adapté du thriller de Bernard Lenteric, La nuit des enfants rois, produit par Fidélité et Onyx Films. Leur travail a tapé dans l’œil des Américains
de la Warner, qui devrait offrir au film une carrière internationale. La sortie française est prévue début 2011 dans plus de 500 salles.
La 3D
donne mal au crâne ?
C’est un grain de sable qui pourrait menacer le grand bond en avant vers la 3D. Douleurs aux yeux, maux de tête, voire nausées: les forums internet regorgent de témoignages de spectateurs incommodés par les projections de films en reliefs. J’ai moi-même ressenti un léger mal de crâne lorsque j’ai testé des télévisions et des moniteurs 3D au cours de présentations à la presse.
Le site d’information Slate.fr a mis les pieds dans le plat en avril dernier avec un article intitulé La 3D fait mal. "Peu à peu, inéluctablement, ces effets gênant percent l’écran et pénètrent dans notre cerveau. Cela s’est produit auparavant et cela se reproduira", écrit le journaliste Daniel Engber. "Ça me fait mal de dire ça - car j’adore la 3D, vraiment - mais ces films ne sont pas agréables à regarder", conclut-il.
Les douleurs visuelles liées à la 3D ont été diagnostiqués dès l’apparition de la technologie dans les années 1950. Lorsqu’on regarde un film en relief, les objets ou les personnages semblent parfois sortir de l’écran. Nos yeux font alors la mise au point à un endroit situé en dehors de l’écran… où il n’y a en fait rien à voir. Du coup, nos yeux corrigent l’erreur et refont le point sur l’écran. C’est ce va-et-vient permanent qui créerait fatigue oculaire et mal au crâne.
"Le mal de tête était l’une de nos grosses craintes"
Selon Olivier Cahen, membre du Stéréo club français, le phénomène dépendrait en fait de la manière dont le film est conçu. "Une projection, même de longue durée, d’images bien préparées et bien présentées est parfaitement supportée,même par un public non entraîné, explique-t-il. Si certains films présentés en relief ont produit des troubles chez des spectateurs, c’est surtout parce qu’on y trouvait des défauts graves."
Pour éviter d’incommoder leur public, les réalisateurs doivent éviter les objets qui sautent trop vite à la figure des spectateurs, des défauts de synchronisation entre le tournage, ou encore des images "contradictoires" ne respectant pas notre façon d’appréhender la profondeur.
De leur côté, cinéastes et industriels affirment avoir résolu ces problèmes. "Avec la camera Fusion 3D que Cameron développe depuis dix ans, vous êtes immergés comme jamais et en plus vous n’avez plus mal aux yeux", a indiqué au Point le producteur d’Avatar, Jon Landau. "Le mal de tête était l’une de nos grosses craintes. Mais après avoir longuement testé nos produits, on a constaté un niveau de fatigue très faible", assure-t-on chez Samsung.
Un autre fabricant conseille tout de même hors micro qu’il faut habituer ses yeux à la 3D en commençant par des séances de courte durée, et ajoute qu’il ne faut pas abuser des images en relief. Mais chacun doit se faire sa propre opinion. Il semble qu’en fonction de notre morphologie, nous sommes inégaux face aux effets secondaires de la 3D.
La 3D mode d’emploi
La 3D est l’équivalent pour l’image du son stéréo. Parce que nos yeux sont écartés, ils regardent la même scène sous un angle légèrement différent. Chacun
transmet donc une image au cerveau, qui les mélange pour créer la sensation de relief. Pour fabriquer une image 3D, il faut donc tourner avec deux caméras, ou avec une caméra à double
lentille, qui viennent d’apparaître sur le marché. Trois technologies existent pour restituer le relief.
La technologie active. C’est celle qui est privilégiée par les fabricants de téléviseurs. L’écran affiche tour à tour les images destinées
à l’œil droit et à l’œil gauche à très grande vitesse (120 à 200 fois par seconde). Les lunettes, synchronisées avec l’écran grâce à une liaison sans fil, obscurcissent chaque verre à la
même cadence afin que l’œil droit et l’œil gauche ne voient que les images qui leur sont destinées. Avantage : une meilleure qualité d’image. Inconvénient: le prix des lunettes (au moins
70 euros).
La technologie passive. C’est celle qui équipe la majorité des cinémas. Les images destinées à l’oeil droit et à l’œil gauche sont projetées en même temps et filtrées par des verres
polarisants placés dans les lunettes. Avantage : le très faible coût des lunettes (moins de 5 euros) et des téléviseurs. L’inconvénient: une image théoriquement de moins bonne qualité
pour les téléviseurs (les experts sont divisés sur la question) et une moins bonne reproduction du relief si le spectateur n’est pas complètement en face de l’écran.
La technologie lenticulaire. Ce procédé consiste à placer des lentilles sur un écran LCD. Ce savoir-faire a été développé par la société française Alioscopy. Ces écrans 3D ont
l’immense avantage de ne pas nécessiter de porter des lunettes. Mais à cause de leur prix très élevés (3500 euros pour un 24 pouces), ils sont encore réservés aux professionnels.
La révolution 3D
La sortie du film Avatar de James Cameron va accélérer le passage à la 3D dans bien des domaines. Ecrans plats, jeux vidéo, photos, cameras: aucun produit n’y échappera. Le
décollage est prévu dès l’an prochain.
Après Avatar, le 3D va s'immiscer
dans nos vies. (DR)
King James Cameron est en mission. Après avoir transformé le Titanic en plus grosse cash machine de l’histoire du septième art (1,8 milliard de dollars de recettes), le champion
canadien du box office va tenter avec Avatar de convertir la planète à la 3D relief. Seul le "roi du monde", comme il s’est lui-même proclamé, pouvait imposer un tel pari
technologique, au prix d’un budget pharaonique de 500 millions de dollars, dont 300 pour la seule production du film.
Avatar ne sera peut-être jamais rentable. Mais le pari sur la 3D semble déjà gagné. Alléché par cet eldorado en devenir, Hollywood a déjà dégainé
ses premières grosses cartouches: Là Haut, L’Age de glace 3 ou Le drôle de Noël de Scrooge. Les exploitants de cinéma ont répondu à l’appel de Cameron. La France est d’ailleurs
le pays européen le plus enthousiaste avec 450 salles converties au relief, soit le deuxième parc mondial derrière les Etats-Unis.
Premières TV au printemps
Les géants de l’électronique salivent eux aussi. On peut déjà jouer en relief sur son PC. "Tous nos produits intégrant de l’image vont passer à la 3D", indique Hervé
Vancompernolle, directeur marketing de Sony France. Les jeux vidéo sur PC ont déjà basculé. Fujifilm a dévoilé le premier appareil photo 3D, ainsi qu’un cadre photo et un service de
tirage photo en relief via internet. Les premiers téléviseurs débarquent au printemps prochain. Idem pour les consoles de jeux, les disques Blu Ray et la première chaîne de
télé.
Et tant pis si les consommateurs ont à peine digéré la révolution précédente - celle du passage à la haute définition. Dans le monde impitoyable de l’électronique, où la baisse permanente
des prix banalise les nouvelles technologies, les fabricants ne peuvent laisser passer aucune occasion de réenchanter leur produits et de regonfler, temporairement, leurs marges. Bref, il
va falloir s’habituer à regarder la télé avec des lunettes 3D. A moins que le mal de tête ressenti par certains spectateurs ne vienne freiner une machine déjà lancée à pleine
puissance.
Dossier du
www.lejdd.fr
Avec la 3D, Hollywood pense avoir trouvé
le moyen de fidéliser les spectateurs et d’endiguer le piratage. Les salles de cinéma suivent. La France compte déjà plus de 450 salles équipées, un record en Europe.
L'association Ciné Rencontres
est née avec les sept salles du nouveau cinéma de Vierzon, Ciné Lumière, en juin 2005, construites dans une ancienne usine de matériel agricole, la Société-Française. 





































à propos des exclus des nouvelles technologies : http://www.projectionniste.net/forums/viewtopic.php?f=7&t=1983&p=33432
à propos d'Avatar : http://www.projectionniste.net/forums/viewtopic.php?f=7&t=1981
Et la 3D chez soi : http://www.projectionniste.net/forums/viewtopic.php?f=7&t=1977