À Vierzon, Francis Fourneau est le gérant du Ciné-Lumière et rapporteur de la branche Petite Exploitation à la Fédération
Nationale des Cinémas Français. Pour lui, explique-t-il, « le cinéma, c'est l'identité culturelle nationale de la France. »
Pourquoi avoir éteint la lumière des cinémas de Vierzon ?
Parce que nous avons des soucis. À la suite de la Loi création et Internet (Hadopi), la durée d'exclusivité d'exploitation des films par les salles de cinéma est passée de six à quatre
mois. Ce qui signifie que l'équilibre économique des salles, déjà précaire, est ainsi considérablement fragilisé. Dans ces conditions, de plus en plus salles ne sont plus en mesure de faire
face aux échéances. Ce délai était destiné à lutter contre la piraterie des films. La profession a accepté à condition d'avoir des contreparties que nous n'avons toujours pas.
Quelles sont ces contreparties ?
Ce sont des mesures rétablissant une situation à nouveau équitable qui doivent être prises sans délai par les pouvoirs publics : une baisse à 45 % du plafond des taux de location des
films actuellement fixés par la loi à 50 % ; et des mesures fiscales (exonération sectorielle de la taxe professionnelle, crédit d'impôts).
Vous défendez le cinéma, pilier majeur de l'animation des villes...
En effet, la situation économique difficile des salles de cinéma remet en jeu la création cinématographique et l'animation
culturelle et sociale du territoire. Les cinémas sont un pôle majeur d'animation culturellle et sociale des villes : elles sont bien souvent le seul lieu qui reste ouvert 365 jours par an.
La France dispose du premier réseau d'Europe et du troisième parc au monde avec 2.100 établissements et 5.400 écrans. Les salles contribuent au caractère d'exception culturelle de la
France.
La fréquentation des cinémas marche plutôt bien ?
En 2008, oui, avec l'effet Ch'tis et l'effet Bodin's. En 2009, nous accusons une perte de spectateurs à Vierzon. Nous nous situons entre 110 et 120.000 spectateurs alors que le seuil de
rentabilité est de 130-140.000. En France, les salles de cinéma ont investi près de deux milliards d'euros en moins de vingt ans. Ces investissements, facteurs déclenchants de la relance
de la fréquentation qu'a connue la France à partir de 1992, se sont effectués au prix d'équipements coûtant de plus en plus cher. Non seulement à construire, mais aussi à exploiter. Les frais
s'accumulent, la gestion du personnel est complexe avec notamment des personnes qui travaillent le week-end. À Vierzon, la taxe professionnelle se monte à 20.000 euros. L'an passé, nous
avions pu avoir un dégrèvement parce que, nous sommes une salle art et essai. Et cette année ?
Autre sujet majeur, le numérique. C'est pour quand à Vierzon ?
Nous sommes à un carrefour important. La pellicule est à terme condamnée, dans quelques mois, voire quelques années. Nous essayons de faire financer le prix des équipements par les
distributeurs. Une copie de film coûte entre 1000 et 12.000 euros. Quand nous serons au numérique, les distributeurs ne paieront plus cette somme. Des tiers investisseurs, c'est-à-dire des
distributeurs, ont accepté qu'on leur paie les copies 600 au lieu de 1200 euros afin de faire des économies et financer le passage au numérique.
Pour les cinémas de Vierzon, la facture se monte à combien ?
Il faut climatiser les cabines, agrandir les baies de projection, acheter des lampes de projection, sept fois plus cher. Soit environ 70.000 euros multipliés par 7 (490.000 euros).
Même si les distributeurs prennent 75 à 80 % en charge, la somme restante est encore trop élevée. Les frais de maintenance s'élèvent à 2500 euros par an et par écran. Le centre national de
la cinématographie (CNC) prépare un plan de mutualisation. Le passage au numérique à Vierzon, ça peut se faire, mais il nous faudra de l'aide.


L'association Ciné Rencontres
est née avec les sept salles du nouveau cinéma de Vierzon, Ciné Lumière, en juin 2005, construites dans une ancienne usine de matériel agricole, la Société-Française. 





































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